Sucr(é)e, comme une bon dessert.

Sucre, du vendredi 25 avril au jeudi 1er mai 2025

Vendredi le 25, il fait beau soleil et une grosse journée de voiture nous attend. Environ 360 km de Samaipata à Sucre avec une prévision de GoogleMap de plus de sept heures pour faire le trajet. Ça vous donne une idée de l’état des routes. La raison? Une voie très étroite qui sillonne dans le fond de la vallée avec des villages disséminés par ci par là avec ses zones de ralentissement (dos d’âne — Topes) où il faut presque s’arrêter, puis qui monte ensuite vers les cols d’une hauteur vertigineuse. Évidemment, nous devons suivre des camions chargés qui roulent à 15 km/h et qu’on ne peut pas facilement dépasser (sauf de nombreux téméraires). Outre pour les cols, ça ressemble aux anciens chemins de nos régions dans les années 60-70. Mais, en contrepartie, les points de vue éblouissent même si on ne peut pas faire d’arrêts aussi souvent que la photographe le souhaiterait.

Parlons un peu des péages, car il y en a beaucoup (enlever la fonctionnalité « éviter les routes à péages sur vos GPS sinon vous n’irez nulle part !) et nous n’avons toujours pas compris comment ça marche. On voit un panneau indicatif marqué péage à 500 m. Ensuite une cabine de péages au centre de la voie avec une barrière qui se relève manuellement ou avec une corde. Nous donnons notre destination et on nous dit le prix, mettons 5 bolivianos (BOB) (1 $ CAN). Plus loin, un nouveau barrage, même destination, alors soit on te demande 3 BOB de plus soit on poinçonne ton billet ! Il y en a beaucoup, mais c’est très peu cher…

Parlons aussi d’une autre curiosité locale, les chiens. Il y en a beaucoup. Ils se tiennent non pas en bande, mais isolés les uns des autres, couchés sur l’asphalte, parfois carrément dans la voie et espacés d ’environ 100 m. Dans les zones plus urbaines ils se serrent les coudes à un peu plus à 50 m et ailleurs c’est 500 m, toujours le même pattern. À chaque arrêt pour les photos ou pour des pauses, il y en a systématiquement 3 ou 4 qui viennent voir en espérant trouver de la bouffe, mais sans agressivité. Bizarre ! Dominique, quand elle y pense, garde nos restants (lorsque possible) qu’elle donne aux chiens lors de nos stops de bord de routes.

Bon, après plus de sept heures de trajet, nous arrivons enfin à Sucre (prononcé soucré). La ville est située à 2789 m d’altitude entre les hauts plateaux andins et les basses terres du Gran Chaco. Créée en 1538, elle devint la capitale du pays en 1825, titre qu’elle a perdu au profit de La Paz. En 1991, le centre historique de Sucre est inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. Comme elle est entourée de montagnes et de vallées, ses 260 000 habitants se retrouvent dans des dédales de rues et de ruelles souvent à sens uniques qui grimpent ou descendent des vallées. Même avec GoogleMap, nous nous sommes trouvés à quelques reprises à l’envers dans des sens uniques dans le gros trafic. La tension dans le véhicule se ressentait…

Nous atteignons finalement notre hôtel, l’Hostal Patrimonio avec stationnement, en plein centre historique à environ 200 mètres de la Plaza 25 de Mayo, la place principale. C’est parfait ! Pour le souper, nous allons à la place centrale et trop fatigués, nous choisissons le premier restaurant du bord, le Azafran, situé au deuxième étage avec une belle vue sur les activités nocturnes de la ville. La bouffe et l’ambiance méritent une mention.

Comme Sucre est très culturelle, il y a donc un grand nombre de musées dont les horaires d’ouverture nous causent un petit peu de misère. Mais on peut résumer en disant qu’à peu près tout est fermé entre midi et 14 h 30, parfois 15 h, ainsi que le dimanche pour la plupart et que bien des restaurants n’ouvrent qu’à compter de 18 h. Nous nous sommes cognés le nez à quelques portes, alors c’est au Convento de Sans Felipe Neri que nous commençons la découverte de la ville. C’est pour son clocher et son toit de tuiles oranger qu’on visite ce lieu, le couvent ne se visite pas. C’est la plus belle vue sur la ville.

Nous avons réussi à visiter le Museo de Arte Indigena qui se trouve à une quinzaine de minutes de marche du centre tout en montant. Le musée est d’un grand intérêt en ce qui a trait aux techniques ancestrales de tissage des populations indigènes de la région, soit les Jalq’a et les candelaria et nous avons eu droit à un guide papier dans la langue de notre choix. Il y a beaucoup de lecture ! Sa collection réunit de belles expositions illustrant la diversité des cultures en Bolivie et compte neuf salles toutes aussi captivantes les unes que les autres. Le Musée fait partie intégrante d’un programme de rétablissement de l’art indigène depuis 1986. Plus de 800 tisserandes et 200 tapissiers et brodeurs font partie de ce programme.

Une boutique offrant des produits artisanaux de grande qualité est annexée au musée. Ça nous donne des idées des prix et des articles que nous verrons le lendemain à Tarabuco qui est prétendument un centre important de tissage et où il y a un marché le dimanche. On a bien hâte de découvrir ça.

Nous retournons sur la place centrale pour regarder déambuler les gens. Comme partout, il y a toujours des vendeurs de toutes sortes. Évidemment, on se fait spotter par un vieux monsieur qui nous approche et nous propose des produits de tissage qui, selon lui, ont été fabriqués par sa femme. Âgé de 82 ans, il nous apparaît bien sympathique de sorte qu’on lui achète un bracelet à 6 $ CAN pièce, le même bracelet que nous verrons le lendemain à 2 $ au marché du dimanche. Nous savions pertinemment qu’on se faisait rouler, mais aider ce monsieur, nous faisait grand plaisir. On paie bien souvent des cafés ou des bières plus chers que ça chez nous ou ailleurs dans le monde, au moins dans ce cas, la dépense sert à quelque chose d’utile.

Nous terminons la journée avec un bon repas au restaurant La taverne, bien connu et vanté par tous les voyageurs français qui passent à Sucre. Son emplacement dans les locaux de l’Alliance française depuis une dizaine d’années explique peut-être sa popularité. Néanmoins, il est reconnu pour la cuisson de ses viandes qui ne nous rejoint pas, mais par contre nous nous sommes régalé de la truite à la maître d’hôtel. Nous y retournerons une nouvelle fois au cours de la semaine.

En chemin vers l’hôtel, nous entendons de la musique. Nous suivons donc le son et avons droit à un beau spectacle dans le cadre de la semaine culturelle de Sucre. Ça finit bien la soirée dans une ambiance typquement bolivienne.

En cette deuxième journée à Sucre, nous prenons la jeep pour nous rendre au grand marché du dimanche à Tarabuco pour découvrir les textiles les plus renommés du pays.

Il y a bien plusieurs boutiques permanentes d’artisanats de tissage, mais aussi de nombreux kiosques temporaires (voire juste des toiles bleues ou oranges) adossés aux maisons. Ces derniers offrant des produits de tissage, tous à peu près les mêmes d’un stand à l’autre dont la provenance ne semble pas être la Bolivie. Quelques minibus de touristes (le marché est mentionné dans le Loneley Planet quand même) sans plus, mais il n’y a pas de réels deals ni de découvertes à faire là. Tout est exposé un peu pêle-mêle dans un environnement poussiéreux sauf peut-être pour les toutes premières boutiques. 

Ici, une mise au point s’impose. Les produits de tissage font l’objet d’écarts de prix énormes. On peut trouver des pièces comme des napperons, des foulards, etc., pas trop chers, mais aussi les mêmes items beaucoup plus dispendieux en fonction de la fibre utilisée (laine d’alpaga vs laine synthétique par exemple) et surtout de la méthode employée. Maintes fois, on a entendu des gens s’interroger à propos des prix demandés pour des produits tissés par Dominique.

Dans cette région, les techniques sont tellement différentes. C’est long et laborieux, surtout les pièces tissées par les hommes, un travail de moine! Dominique dit qu’elle n’aurait pas la patience, elle qui en a à revendre lorsqu’il est question de son nouveau dada. Des murales de 45 cm X 90 cm peuvent facilement se vendre 800 $ CAN, alors qu’en comparaison, le revenu mensuel moyen par habitant se situe aux alentours de 300 $ CAN. On peut obtenir des produits pas trop coûteux comme des bracelets, des étuis à téléphone, des mini-sacs, mais au-delà de ça il faut payer le prix, donc cher. Et c’est justement le problème de cet endroit. Il y a aussi de magnifiques morceaux, mais est-ce qu’on achète quelque chose à 800 $ CAN dans un « marché aux puces », non ! Pas nous en tout cas. Pour la différence minime de prix, nous préférons nous assurer de la qualité en privilégiant les boutiques officielles comme celle du musée. En plus de se procurer des pièces propres et non empoussiérées, le ou la tisserande reçoit sa part puisque la maison leur remet plus de 80 % du montant des ventes.

Pour terminer avec le marché, plus on s’enfonce dans les petites rues, plus on retrouve des produits de nécessité pour les locaux, beaucoup moins de touristes donc expérience plus authentique. En somme, la visite vaut vraiment le déplacement pour une mini immersion dans le monde des indigènes Jalq’a et candelaria.

En revenant de Tarabuco, même si nous n’avions pas un grand intérêt, nous décidons de passer par le Parque Cretácico situé à quelque 5 km du centre de Sucre. À priori, ce que l’on voit de loin, ce sont d’immenses structures métalliques d’une usine. En effet, en 1994, lorsque les employés ont commencé à dégager le site de cette usine de ciment, ils ont découvert une paroi argileuse contenant plus 5000 empreintes d’au moins huit espèces de dinosaures. La plus importante collection d’empreintes de dinosaures au monde! Outre ces dernières, le parc renferme plusieurs reproductions de ces animaux et de leurs traces qui amusent plus les enfants que les adultes. Les Québécois, vous n’avez qu’à vous rappeler le Madrid sur la 20 quoique moins kitch ici. Il y a possibilité de prendre un tour guidé qui offre l’opportunité de s’approcher au plus près des empreintes.

Pour le souper, nous avons testé le restaurant Florin, un piqué version végétarienne et poulet et pâtes pour Jean-Pierre. Bon, mais sans plus, ce ne fut pas mémorable.

En ce lundi 28 avril, outre des visites de musées, nous avions un mandat important, le renouvellement de notre permis de séjour en Bolivie. En effet, l’autorisation de séjour pour les Canadiens n’est valide que pour 30 jours alors qu’elle est de 90 jours pour les Français. Il nous est facile de prolonger deux fois cette autorisation pour un total de 90 jours. On se pointe donc dans un bureau d’immigration pour obtenir cette autorisation. Et là, la responsable qui n’avait pas vraiment envie que nous la dérangions nous dit que depuis 2024, notre autorisation est valide pour 90 jours et que nous n’avons pas besoin de renouvellement. On argumente que, lors de vérifications au printemps 2025 auprès du site web du gouvernement bolivien et de l’Ambassade de la Bolivie au Canada, ce sont les consignes reçues. Pas à jour selon elle ! Au moins, nous aurons fait l’effort, advienne que pourra à la sortie du pays.

Poursuivons maintenant avec les musées encore fort nombreux de Sucre.

D’abord la Cathédrale Nuestra Señora de Guadelupe située sur la Plaza 25 de Mayo et son Museo Eclesiastico. Une belle visite démontrant tout le faste de l’Église catholique.

Ensuite, la Casa de la Libertad nous a permis de nous plonger dans l’histoire bolivienne, car c’est là que fut signée la Déclaration d’Indépendance en 1825. Le musée explique aussi les nombreuses rébellions à partir de 1780 partout en Amérique du Sud pour se débarrasser des Espagnols.

Le Museo Alfredo Gutierrez Valenzuela appartient à l’université et est situé dans une ancienne maison aristocratique. Le Dr Gutierrez Valenzuela est né en 1901 et son père était un illustre ministre de l’époque. Il a fait des études en droit puis est devenu ambassadeur. Il a collectionné au fil du temps de diverses œuvres surtout européennes (verre de Murano, vase français, argenterie, etc.) du XVIII et XIXs. À sa mort en 1972, il a fait don à l’Université d’une bonne partie de sa collection et c’est celle-ci qui est exposée. Nous devons obligatoirement être accompagnés d’un guide, mais la seule à notre disposition ne parlait qu’espagnol. C’est donc Dominique qui a reçu la plus grande attention de la nôtre. Outre quelques explications en espagnol, elle nous énumérait l’une après l’autre les pièces de collection… Pas très impressionnant comme visite.

Le Museo Nacional de Etnografia y Folklore avec ses panneaux explicatifs uniquement en espagnol nous a beaucoup déçus. Peu de contenu comparativement à n’importe quel autre musée ethnographique visités ailleurs dans le monde.

Finalement, Dominique n’étant pas rassasiée voulait aller voir les deux seules boutiques de produits de tissage de la ville. L’une d’entre elles offrent de belles pièces (du même genre qu’au musée), mais nous n’avons pas flanché.

Et la journée se termine en beauté avec un repas au restaurant ON Gastro bar. Drôle d’appellation pouvant prêter à interprétation, mais ON est le nom de l’hôtel et gastro-bar veut probablement dire bar gastronomique. Outre son nom, l’ambiance, la nourriture et le service nous incitent à y retourner pour le lunch du lendemain.

Le plan de match pour mardi, prendre la jeep et aller visiter le cratère de Marangua. Mais Jean-Pierre après une très mauvaise nuit et un déjeuner sommaire est rentré se coucher. Il a dormi jusqu’en milieu de l’après-midi de sorte que Dominique est sorti se balader dans le centre puis s’est avancée dans la préparation du blogue. Il ne faut pas oublier qu’à 2800 m d’altitude, le mal des hauteurs nous guette.

Pour notre dernière journée à Sucre, on se paie encore des musées, quoique nous commençons à être rassasiés. Mais avant de commencer les visites, nous tombons par hasard sur CETUR, un musée d’art du textile. Évidemment que nous entrons voir. Aucune pièce n’est à vendre, il s’agit vraiment d’une exposition et c’est très joli.

Après cette visite impromptue, nous enchaînons avec l’ultime musée que nous visiterons à Sucre, le Museo de la Recoleta situé en haut d’une colline et construit par les Franciscains en 1601. Le musée a servi de couvent certes, mais aussi de prison et de caserne. Il se visite essentiellement avec un guide ne parlant qu’espagnol qui n’a pas compris qu’elle devait ralentir son débit d’élocution devant nos yeux dubitatifs. Mais bon, belle visite quand même surtout pour le coeur de l’église et ses sculptures de bois datant de 1870.

Avant de finir cette journée muséale par une autre truite de La Taverne, nous nous rendons au Museo de Arte Indigena pour l’achat d’un souvenir, Dominique ayant murement réfléchi à son acquisition 😉

Bref, Sucre est une belle ville, pleine de musées et de bons restaurants, qu’il vaut la peine de visiter. Ce que nous avons fait à un rythme plutôt relax. Mais, chose surprenante compte tenu de sa force culturelle, nous n’avons pas vu de galeries d’art ou de belles boutiques de textiles, ce qui nous a vraiment beaucoup déçus. Tant pis !

C’est à Potosí que nous vous donnons rendez-vous pour la suite à plus de 4000 m d’altitude.

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8 commentaires sur “Sucr(é)e, comme une bon dessert.

  1. Superbe Sucre! J’espère que Jean-Pierre s’est bien remis de son mal de hauteur ? On comprend que l’altitude et la ville qui semble avoir beaucoup de dénivelés ne facilite pas la chose. J’ai vu au Pérou des tapisseries comme celle de ta photo que les hommes tissent? C’est à se demander! Mais sinon, c’est très beau. Je sens que malgré toi, Jean-Pierre tu vas devenir un expert tisserand. Vous ne devez certainement pas regretter d’avoir choisi un jeep pour votre voyage. Je vous souhaite une autre belle ville comme Sucre . Bonne suite xx

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    1. Salut Johanne, Oui Jean-Pierre s’en est remis, mais nous avons eu d’autres soucis après en étant encore plus haut en altitude. Mais ça va maintenant.

      Je n’ai pas vu des pièces semblables au Pérou, en tout cas je ne me souviens pas. Il se peut très bien qu’il y ait des similarités. Quoi qu’il en soit, on ne doute pas de l’excellence du travail accompli et de la patience que cela prend. Je ne pense pas si j’y arriverais.

      On apprécie vraiment la Jeep, bien que cela nous limite dans le choix de nos hôtels. Il doit y avoir un stationnement sécuritaire, ce qui est rarement le cas. On se débrouille malgré tout et on préfère être autonome dans nos déplacements.

      Et toi, le voyage se passe bien? Tu ne donnes pas beaucoup de nouvelles?

      On se parle bientôt!
      Grosse bise de nous deux!

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  2. Professionnalisme du texte et des photos. Très agréable à lire. Merci pour toutes ces très intéressantes et visuelles découvertes. Et chapeau aux artisans!

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    1. Un grand merci à vous! Ça fait toujours plaisir de recevoir un si beau commentaire. On y met beaucoup de coeur et on essaie de raconter l’expérience le plus près possible de la réalité. Que nous aimions ou non un site, une ville, nous le disons honnêtement. Nous n’inventons rien et n’ajoutons aucune fioriture. C’est vraiment ce que nous avons vécu.

      Merci de nous lire et de commenter!

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  3. Tout ce passe superbement bien, on visite de très beaux monuments et on voit de beaux paysages. Il fait environ 10 à 20 degré par jour. Rouen est une très belle ville à visiter 2 jours est suffisant pour cette ville, mais on a vu d’autres beaux villages durant ce séjour. On vient d’arrivé à Terre en Caux près de la manche, c’est plus beau. On dira ce qu’on voudra mais être près d’une mer dans une campagne verdoyante c’est magnifique. Aujourd’hui on était à Veules-les-Roses sur le bord de la Manche d’où coule le plus petit fleuve de France. 1 km La Veules. Superbe village fleurie de France. J’essaie de copier une image mais je n’y arrive pas, mais bon c’est très jolie. On se redonne des nouvelles c’est certain. Pour la tapisserie on s’en reparle. Bonne suite.

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