Potosí, ville au sort bien triste pour des millions de gens au profit des Espagnols

Potosí, du jeudi 1er au lundi 5 mai 2025

À peine 155 km nous distancient de Sucre et Potosí, mais il faut quand même près de trois heures pour la parcourir. La route, toujours dans le même genre, c.-à-d. courbes, descentes, montées, virages serrés, camions polluants qui roulent à 20 km/h, est en montagne et les vues éblouissent plus les unes que les autres. Elles entraînent des arrêts-photos fréquents, quoique pas aussi nombreux que le voudrait bien la photographe. Comprendre que les haltes pour admirer le panorama ne font pas partie des priorités du gouvernement bolivien.  

Encore une fois, notre hôtel à Potosí jouxte de quelques mètres le centre et bien sûr possède un stationnement sécuritaire indispensable pour nous. D’emblée, le choix de Potosí comme destination a pour but, d’abord et avant tout, de nous acclimater aux hauteurs. En effet, elle est située à 4090 m d’altitude et l’étape suivante, après deux jours à Tupiza, seront le Salar de Uyuni et le Sud Lipez atteignant entre 4500 et 5000 m. Aussi bien commencer à s’y habituer, si la chose est possible ! Il est presque l’heure du souper, alors nous partons à la recherche d’un resto, mais tout est fermé ! Que se passe-t-il ? Nous retournons à l’hôtel pour demander et on nous répond que c’est la fête des Travailleurs, que rien sans exception n’est ouvert. Nous ressortons en croisant les doigts et l’on trouve probablement le seul restaurant (assez minable) en opération. Nous ne sommes pas les uniques clients ! Nous mangeons pour nous sustenter jusqu’au lendemain. Inutile de préciser que nous n’avons pas noté le nom du resto.

Quant à la ville elle-même, elle compte maintenant 200 000 habitants et son histoire est essentiellement reliée à l’exploitation de l’argent et de l’étain du Cerro Rico (la Montagne riche).

En fait, vers 1544, un Inca qui cherchait son lama égaré a décidé le soir venu d’allumer un feu au pied de la montagne. Sous l’effet de la chaleur, le sol s’est mis à fondre et un liquide brillant en émergea. Vous comprendrez bien que les Espagnols eurent vent de cette histoire et commencèrent à creuser et exploiter le Cerro. Une nouvelle ville était née. Pendant la période d’opulence, de 1544 à 1825, Potosí est devenu la ville la plus grande (plus de 200 000 habitants) et la plus riche des Amériques et le principal fournisseur d’argent à la couronne espagnole. Afin d’augmenter les cadences de production, ces derniers faisaient venir des milliers d’esclaves africains qui travaillaient 12 heures par jour, sans sortir de la mine pendant quatre mois. Évidemment, tant les mineurs que les employés des fonderies ne vivaient pas longtemps et on estime que plus 8 millions de personnes sont mortes dans des conditions atroces. Lors de l’indépendance de la Bolivie, les filons d’argent étaient épuisés et Potosí tomba à moins de 10 000 habitants. Les mines se visitent encore aujourd’hui accompagné d’un guide. Tant qu’à nous, nous n’avions pas le coeur à voir la misère de tous ces hommes et femmes qui y travaillent dans des conditions inacceptables à nos yeux.

Aujourd’hui encore, de nombreuses compagnies tentent d’extraire surtout du zinc et du plomb en harnachant et en défigurant les routes et les côtés nord et est de la montagne (la ville est à l’ouest). Rendant la circulation sur le RN1 particulièrement pénible parce que des centaines de camions chargés de minerai s’y déplacent en un ballet pas très délicat, incessant et la chaussée est complètement défoncée en maints et maints endroits

Ceci dit, la richesse passée de Potosí lui a quand même permis de se construire plusieurs églises, pas toujours bien conservées, et la Casa Nacional de Moneda, devenue l’un des plus beaux musées d’Amérique du Sud selon le Lonely Planet. Le bâtiment a été érigé vers 1753 afin de contrôler la frappe des pièces coloniales. La Casa demeura en fonction jusqu’en 1953 alors que la monnaie bolivienne est aujourd’hui frappée au Canada et au Chili. Hé oui ! Nous l’avons visitée le lendemain de notre arrivée et vraiment ce fut une superbe visite fort instructive, avec un guide obligatoire, mais bien apprécié.  

Cette même journée, nous avons visité le Museo y Convento de Santa Teresa et eu l’immense avantage d’avoir une guide qui parlait français. Le couvent construit vers 1685 accueillait des carmélites recluses. En fait, l’aristocratie lui « donnait » sa première fille, lorsqu’elle atteignait ses 15 ans, ainsi qu’une dot qui servait non pas à la fille, mais à la communauté. Le couvent accueille encore quelques carmélites dans une nouvelle section alors que l’ancienne section, celle que nous pouvons visiter est maintenant restaurée en musée. Notre guide avait une connaissance particulièrement étoffée du sujet, ce qui a rendu notre visite très intéressante.  

Ce soir-là, un groupe de personnes s’en est donné à cœur joie pour nous empêcher de dormir jusque vers 4 h du matin. Nous ne savons pas s’il se trouvait à l’intérieur de l’hôtel ou à l’extérieur non loin de notre fenêtre… Bref, nous avons changé de chambre au matin, mais l’accumulation de la fatigue et le mal des hauteurs font en sorte que nous sommes restés enfermés presque toute la journée à roupiller.

Dimanche, ultime jour à Potosí, une promenade en ville, toujours avec le souffle court, nous permet de constater que tous les musées que nous devions visiter sont fermés et ainsi que plusieurs restaurants également. Qu’à cela ne tienne, après quelques photos, retour à la chambre, planification et réservations pour les prochains jours et rédaction du blogue.

Lundi 5 mai, c’est le départ pour Tupiza à 250 km au sud pour une durée totale de près de quatre heures de route. Mais avant, une dernière découverte! Nous avions prévu aller voir les lagunas de Kari Kari, situées à entre 4500 et 5025 m d’altitude. Ces lacs, au nombre de 32 à l’origine, ont été construits par 20 000 esclaves au XVI et XVIIe siècle afin de fournir à Potosí et ses 82 fonderies en eau et en électricité. Alors nous sommes montés pour aller observer les quelques-uns qui persistent, mais qui n’ont plus d’utilité. Intéressant, cependant, nous apprécions le panorama de la ville remarquable que l’endroit offre.

Prochaine étape de deux jours à Tupiza avant de partir pour une tournée de 1200 km avec un tour organisé pour le Sud Lipez et le Salar d’Uyuni. Les vedettes de la Bolivie qui nous couperont le souffle avec des paysages d’une autre planète et avec une altitude qui atteindra les 5000 m. Nous cherchons déjà notre respire rien que d’y penser !

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4 commentaires sur “Potosí, ville au sort bien triste pour des millions de gens au profit des Espagnols

  1. Allô vous deux, je comprends que vous n’ayez pas eu le goût de visiter ces mines, tant de morts pour les seigneurs espagnols! J’ai visité le Monastère de Santa Catalina de Sienne à Arequipa du même genre au Pérou, ce devait être terrible aussi pour ces jeunes filles de 15 ans autant que ces esclaves qui travaillaient aux mines. Les photos Do toujours excellentes. Vous faites un beau périple et celui qui suivra ne donnera pas sa place. Bien hâte de voir la suite.

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    1. Allô Jo!

      On est toujours scandalisés face aux gestes des colonisateurs, mais le pire c’est de savoir que des travailleurs ont des conditions aujourd’hui qui ne passeraient pas dans notre pays. Que peut-on y faire? Même chose pour les religieuses, ça devait être comme être enterrées vivantes.

      Mais tu as raison, la suite du voyage sera totalement différente et beaucoup plus jolie pour les yeux. Faut juste trouver le temps pour écrire et trier les photos;-).

      À bientôt!

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