Découvrir une autre planète avec le Grand tour du Sud Lipez et du Salar d’Uyuni! 4 de 4

Sud Lipez et Salar d’Uyuni, du 7 au 11 mai 2025

Pour la dernière journée de notre grand tour du Sud Lipez-Uyuni, Idel, notre fidèle chauffeur nous a offert de nous lever à 4 h du matin pour aller admirer le lever du soleil à l’île Incahuasi à une heure de route d’ici. Nous passons notre tour et nous croyons avoir fait des heureux par le fait même dans notre équipe, particulièrement la cuisinière.

Quelques mots d’abord sur le salar d’Uyuni avant de le traverser. À 3 650 m d’altitude, il constitue la plus importante plaine de sel du monde avec ses 12 000 km carrés qui s’étendent à perte de vue. Seul le volcan Tunupa (5435 m) vient briser l’horizon pour mieux guider tous ceux qui le parcourent. Onze couches distinctes d’une épaisseur allant de 2 à 10 m chacune le composent. La profondeur du sel atteint 120 m. Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il constitue également la plus grande réserve mondiale de minéraux, tels que le lithium, le magnésium, le potassium, l’azote, le phosphore et le borax. Il compte 14 petites îles, dont la plus importante, l’île Incahuasi. 

La production annuelle du sel est d’environ 25 000 tonnes par année, ce qui est très peu compte tenu des 10 milliards de tonnes estimés du gisement.  

Mais le hic, c’est et ce sera le lithium du Salar qui représente 40 % des stocks exploitables de la planète. Et tout le monde le sait, dont le gouvernement. L’enjeu est énorme pour la Bolivie. En effet, historiquement, et rappelez vous les profits des Espagnols avec les mines de Potosí, la Bolivie a cédé, pour des peanuts, l’extraction et l’exploitation de ses ressources à des compagnies et des États étrangers. Aujourd’hui, elle ne veut plus se faire avoir. C’est un peu la cause de la situation économique difficile du pays. Elle détenait beaucoup de richesses (minéraux, gaz, etc.), les a vendues et fait beaucoup de fric jusqu’au milieu des années 1970. La réserve monétaire (avoirs de la banque centrale d’un pays) s’élevait autour de 13,6 milliards de dollars américains en 1974. Puis, en 2000, les entreprises étrangères ont trouvé un énorme gisement de gaz dans le sud du pays (Tarija) (le plus important d’Amérique du Sud). Toutefois la manière de l’exploiter et de le transporter vers les États-Unis notamment a dégénéré en une crise politique sans précédent qui a pris fin en 2006 par la nationalisation du pétrole d’abord, puis de plusieurs secteurs de l’économie bolivienne (électricité, mines, eau, etc.). Générant de la sorte d’autres guerres internes régionales et politiques de même que des frustrations avec les compagnies étrangères (notamment américaines) et les pays impliqués comme le Brésil et le Chili. Chicanes qui, d’ailleurs, datent de la fin des années 1800 lorsque le Chili s’est emparé d’une partie de la Bolivie qui lui donnait accès au Pacifique (1879-1883). Le gouvernement Morales (2006 à 2019), socialiste, a cependant beaucoup investi dans l’éducation, dans les campagnes et dans le développement d’une classe moyenne (réduction de la pauvreté de 60 % en 2015 à 36 % en 2021) au détriment de sa capacité de payer. Sa réserve monétaire a donc fondue à 46,8 millions de dollars américains en décembre 2024, soit une diminution de plus de 99 %. Dès lors, le pays se retrouve dans une situation économique difficile et nous parlerons dans un prochain billet de la crise du pétrole en Bolivie.

Pour en revenir au lithium, malgré la volonté de l’État de tout contrôler et de protéger son environnement, il a quand même signé des contrats en 2024. Un avec la Russie pour des investissements de 970 millions de dollars américains pour produire 14 000 tonnes de carbonate de lithium par année. Et un autre de plus d’un milliard de dollars avec la Chine pour construire deux usines pour globalement 35 000 tonnes sur les 23 millions de tonnes estimées. Combien d’emplois seront créés ? Quel sera le niveau de finition et de qualité des marchandises fabriquées dans ces usines ? Quels seront les impacts sur l’environnement ? Seul le temps nous le dira. Chose certaine, nous espérons que la Bolivie en sortira gagnante, elle en a bien besoin. Fin de la prarenthèse!

Revenons maintenant à nos moutons. Après le déjeuner donc, nous partons pour l’île Incahuasi. Nous roulons sur la même digue que la veille pour une trentaine de kilomètres. Elle est à environ 30 cm au-dessus de l’eau puis, oups ! plus rien. Disparue la route ! Nous roulons dans 15 cm d’eau salée pendant une dizaine de kilomètres vers l’île—Imaginez l’état de la voiture après ça!—

Mais comme il n’y a pas une onde sur le lac, c’est un immense miroir. LE point de repère est le volcan Tunupa et le chauffeur nous explique qu’il avance à 20 km/h vers la deuxième colline à gauche du Tunupa. 

À cinq kilomètres avant d’arriver à Incahuasi, nous retrouvons le sel en compagnie des Cowboys fringants :-). Ben oui, l’équipe voulait entendre de la musique de chez nous!

Sur l’île, plusieurs véhicules, des toilettes, une boutique de souvenirs et un sentier qui grimpe en faisant le tour de l’île en compagnie des très nombreux cactus candélabres. On y voit aussi l’intense activité touristique de jeeps venant et partant de là. Il y a même quelques téméraires en vélo. 🎩 !

Nous rejoignons Colchani où le sel est transformé et l’Hotel de Sal, le premier hôtel de sel bâti sur le salar il y a une quinzaine d’années. Il n’est plus utilisé à ce titre aujourd’hui parce qu’il présente des défaillances trop importantes de ses structures, mais comme musée et boutique de souvenirs. À l’extérieur, des employés apportent la matière première pour consolider ses murs. Maintenant, il n’est plus possible de construire directement sur le salar, questions environnementales.

Un peu plus loin, il y a le fameux monument érigé pour commémorer le Raid Paris-Dakar qui s’est tenu en Amérique du Sud de 2009 à 2019. Selon le guide, la forte médiatisation de ce raid automobile a largement permis de faire connaître le Salar d’Uyuni. Évidemment, il y a plusieurs vendeurs de gadgets.

Pour immortaliser notre passage au Salar, ça nous prenait des photos typiques. Avec sa teinte et l’absence de montagnes à l’horizon, il n’y a aucune perspective. Notre chauffeur, très expérimenté en la matière, s’arrête au milieu de nulle part, sort ses accessoires et nous donne les consignes nécessaires. Ce fut bien rigolo !

Finalement, nous quittons le Salar et arrivons dans la ville d’Uyuni qui compte environ 20 000 habitants. On peut dire qu’elle a connu des jours plus heureux puisqu’elle constituait le plus important carrefour ferroviaire de la Bolivie avec des départs vers La Paz et Potosí, mais aussi vers le Chili et l’Argentine. Avec l’épuisement du minerai, les lignes sont beaucoup moins utilisées (voire un train par semaine). Elle a depuis repris de son énergie avec la popularité des visites du Salar et pullulent de tours opérateurs, d’hôtels et de restaurants. On y a créé un cimetière de trains très photogénique (locomotives et wagons) et un artiste y expose en plein air ses sculptures fabriquées avec des pièces de train. On en fait rapidement le tour.

La ville étendue avec des rues larges et poussiéreuses  rencontre des problèmes d’approvisionnement en eau qui est de plus souvent salée. Grosso modo, désolés, mais c’est laid ! Une autre bonne raison de prendre le tour à partir de Tupiza selon nous.

Pour la plupart des touristes, le voyage s’arrête à Uyuni et c’est là que notre guide nous quitte. Cependant, comme notre voiture se trouve à Tupiza, nous remontons à bord avec notre chauffeur et notre cuisinière, qui s’est installée à l’avant, pour trois heures de route vers notre ville de départ. 

Deux conclusions à ce long billet sur Uyuni. La première, prendre un voyagiste de confiance avec des véhicules de première qualité, ce qui n’est pas toujours le cas. Pour un circuit de quatre jours, nous avons roulé 1200 km dont 1000 dans le gravier, la pierre, le sable et le sel, vaut mieux opter pour le confort. Nous avons choisi un tour privé avec des chambres de catégorie moyenne équipées de salle de bain. Nous recommandons sincèrement la Torre Tours qui offre des départs d’Uyuni et de Tupiza et naturellement, notre bienveillant chauffeur Idel qui a tout organisé. Si vous parlez espagnol, vous n’aurez pas besoin de guide. Partez seulement avec Idel, vous serez entre bonnes mains, il connaît très bien la région pour la traverser depuis 25 ans. Ça valait le coup et le coût !

Deuxième conclusion pour les voyageurs en autonomie. maps.me fait très bien l’affaire pour s’orienter tant dans le Sud Lípez que dans le Salar. Un véhicule avec une garde au sol très élevée, idéalement un 4×4, s’avère indispensable, en raison des ornières profondes faites par les autres convois. Soyez conscients que votre auto sera recouverte de sel à la fin de l’aventure (pas très rassurant à voir!). Il n’y a rien, aucun service sur les 1000 km de pistes. Prévoyez de l’essence, de l’eau, de la nourriture, du chauffage et des pneus de secours. Bien équipé, ce périple autonome, qui pourrait durer bien plus que nos quatre jours, serait encore plus merveilleux. Ç’aurait été notre premier choix, mais bon, c’est un peu compliqué ! 

Sur ces derniers mots, nous retournons à notre hôtel pour nous réchauffer, nous laver et nous reposer.

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